COMPAGNIE DU SINGE DEBOUT

Cet animal qui nous regarde

-delà du jeu de transformations de l'homme à l'animal à l'homme dans nos précédents spectacles ("Animalité", "Un grand singe à l'Académie"), j'ai eu envie d'évoquer les relations ambigües que nous avons avec les animaux. Ces façons que nous avons de les aimer parfois, de les instrumentaliser souvent et de les intégrer aussi dans notre langage pour le pire et le meilleur.
Dans cette création, j'évoque trois sortes de relations entre l'homme et la bête.
La première : cette fascination d'aller dans l'autre. Un texte de Rilke, dans ses "Lettres à une jeune pianiste", me touche et me semble traduire au plus juste la particularité de Cyril Casmèze, cette attraction "à se glisser dans le chien, exactement en son centre, à l'endroit même qui fait qu'il est chien".
La deuxième exprime un amour évident partagé avec l'animal, relation librement inspirée de la nouvelle de Flaubert "Un coeur simple". La trapéziste Hélène de Vallombreuse, avec son perroquet Zazou, est une sorte de de "Félicité". La troisième relation questionne la place de l'homme au regard de la bête. J'emprunte à "L'animal que donc je suis" de Derrida, ce propos : qui est-ce que je suis ? À qui le demander sinon à l'autre ? Et peut-être au chat lui-même ?" C'est Nicolas Reggiani qui s'y frotte sur scène.
Le versant obscur de notre relation à l'animal est porté par des images et des objets, miniatures animales - régis sur le plateau par Mélanie Mazoyer - le mystère du regard de l'animal...
Jean-Marc Istria avec son univers sonore particulier m'accompagne...
... et encore un texte de Karl Philipp Moritz, des corps des bêtes sur le plateau avec ce que cela peut produire d'ambiguité, se glisser dans le rythme de l'animal... Et "sans offenser le genre humain"*, sourire de nous, bêtes parmi les bêtes !

Jade Duviquet